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Tunisie : Manifs et attaques des institutions après un énième naufrage en Méditerranée

mercredi 13 juin 2018

Dans la nuit du 2 au 3 juin a eu lieu un énième naufrage d’embarcation au large de l’île tunisienne Kerkennah, avec près de 180 personnes migrantes à bord. Selon l’Organisation Internationale de la Migration (OIM), il s’agissait de « la pire tragédie en mer en 2018 ». 68 personnes ont survécu (61 Tunisien.ne.s et 7 personnes d’autres nationalités) et on décompte au moins 112 morts et disparus, et pour l’instant seuls 73 corps ont été retrouvés. […]

La plupart des personnes présentes à bord était des Tunisien.ne.s qui tentaient d’échapper au chômage et à la crise économique qui persistent dans le pays depuis la chute de Ben Ali en 2011.

Dans la ville El Hamma (Gouvernorat de Gabès), une grosse manifestation a eu lieu dans la soirée du 5 juin contre le naufrage de Kerkennah. Lors de la catastrophe, dix jeunes de El Hamma ont trouvé la mort, trois autres sont toujours portés disparus, 24 parmi les survivant.e.s viennent de cette ville. Lors de la manifestation, des slogans ont été scandés tels que « Le peuple veut la chute du gouvernement », « Assassins de nos enfants, voleurs de notre pays », « Essebsi, tu a fais ton temps » (NdT : Beji Caid Essebsi est président de la République Tunisienne depuis le 31 décembre 2014).

La nuit suivante, les manifestant.es sont allé.e.s jusqu’au quartier général de la délégation du gouvernement, dont l’armée assurait la protection. Les manifestant.e.s ont tenté de prendre d’assaut le poste de la Garde Nationale, ont bloqué les rues avec des pneus enflammés et jeté des pierres sur les forces de sécurité. Après coup, plusieurs jeunes ont été arrêté.e.s dans les quartiers de la ville.

Les organisations nationales de la région de Gabès, la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme et la section régionale de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) ont, dans un communiqué, attribué la responsabilité de cette tragédie au gouvernement et attiré l’attention sur le modèle de développement qui est d’après eux la cause du chômage des jeunes et de leur désespoir. Dans la région, le taux de chômage au sein de la population atteint plus de 25 %, chez les jeunes diplômé.e.s il s’élève même à 55,2 %.

Lundi 4 et mardi 5 juin, plusieurs manifestations ont également eu lieu dans la ville de Tataouine dans le Gouvernorat du même nom. C’était surtout des jeunes qui sont descendu.e.s dans la rue pour exprimer leur rage et exiger la démission du gouvernement. Les manifestant.e.s ont marché jusqu’à l’hôpital régional où se trouvent les cinq personnes mortes noyées lors de cette tragédie et qui étaient originaires de cette ville.
Dans la ville de Beni Khedache (dans le gouvernorat de Medenine) le 7 juin, des jeunes ont attaqué le poste de la Garde Nationale du centre-ville. Quatre personnes, mortes noyées lors du naufrage, habitaient dans cette ville.

Selon le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Khelifa Chibani, le poste de la Garde Nationale a été caillassé vers deux heures du matin. Tout de suite après, les manifestant.e.s auraient forcé l’entrée du bâtiment et incendié ou détruit quelques documents. Ensuite, c’est le quartier général de la délégation gouvernementale qui a été ciblé, où la salle de garde a été incendié. Les manifestant.e.s ont dénoncé la marginalisation de la jeunesse par le gouvernement et la situation sociale et économique ains que le manque de perspectives dans la région. Le porte-parole du ministère de l’intérieur a également déclaré que la situation était de nouveau sous contrôle et que l’armée protégeait les principaux bâtiments.

Afin de calmer les protestations, le gouvernement tunisien a mis en place une commission de crise pour soutenir les familles des victimes et garantir la prise en charge des survivant.e.s. De plus, de nombreux agents de sécurité ont été révoqués du ministère de l’intérieur.

[Repris de Sans attendre demain.]