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Saute ma ville

lundi 15 août 2016

Saute ma ville est un court-métrage belge réalisé en 35 mm par Chantal Akerman. C’est son premier film, sorti en 1968, sept ans avant Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, dont on retrouve déjà ici les motifs d’une critique de l’aliénation des femmes et de l’aliénation du quotidien en général, mais de façon brute.


Treize minutes en noir et blanc, pendant lesquelles on voit Chantal Akerman, jeune fille frêle aux cheveux coupés au carré, rentrer chez elle dans une tour HLM de Bruxelles, s’enfermer dans la cuisine, balancer son chat par le balcon, scotcher la porte et la fenêtre, vider les placards pour en répandre le contenu sur le sol, puis l’étaler à grande eau, cirer ses chaussures en les gardant aux pieds, puis déborder sur les chevilles, puis les mollets… Là c’est comique, burlesque, ça ressemble aux films de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton. Et puis elle s’assied par terre. Filmée en plongée, elle semble encore plus isolée. Son chant devient plus calme, plaintif, il dit l’ennui, le désespoir, annonce l’ultime tempête, peut-être.

Elle se relève, s’étale de la mayonnaise sur le visage en dansant, grimace, allume le gaz, pose doucement sa tête sur la gazinière, attend. Le film s’achève sur un plan noir, et le bruit de plusieurs explosions. La jeune fille a fait sauter la tour HLM, la ville, le quotidien aliénant des tâches ménagères, et elle avec. Nous sommes en 1968.