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Pandora III : Nouvelles vagues de perquisitions et arrestations contre des anarchistes dans la région de Barcelone [Mis à jour]

mercredi 28 octobre 2015

Un jour après que Monica et Francisco comparaissent devant l’Audiencia Nacional [1], il y a eu une vague de perquisitions. La scène est presque identique aux opérations précédentes, Pandora et Piñata : à 7h du matin un dispositif policer disproportionné bloque une rue et fait irruption dans un athénée, dans ce cas l’Athénée libertaire de Sants, puis dans un appartement du même quartier, ainsi qu’à Gracia, à plusieurs endroits à Sant Andreu, à deux endroits à Manresa et finalement au Centre Social La Revoltosa dans le quartier du Clot, et un appartement de plus dans ce quartier.
Il y aurait 10 perquisitions en cours et 9 arrestations.


La solidarité n’a pas tardé à se déclencher, surtout avec l’Athénée de Sants, et peu de temps après l’irruption des flics, il y avait plusieurs personnes autour du lieu. La rue principale du quartier a été coupée par des personnes solidaires envers ceux/celles arrêté-e-s et en réponse à cette nouvelle chasse aux sorcières.

On remarque assez ironiquement que cela a lieu le jour suivant des déclarations au parlement catalan qui parlaient de se séparer de l’État espagnol. On voit clairement qu’ils ne parlaient pas de se séparer de l’Audiencia Nacional en tout cas.

Selon toute vraisemblance, ces arrestations seraient la continuité des opérations Pandora et Piñata dont la cible sont les GAC (Groupes Anarchistes Coordonnées).

[Traduit de l’espagnol d’alasbarricadas.]


Mercredi 28 octobre 2015 vers 6h, les mossos d’esquadra (police autonome catalane) sur ordre de l’Audiencia Nacional de Madrid [parquet anti-terroriste] ont procédé à dix perquisitions contre des locaux (Ateneo Libertario de Sants et le Centre Social La Revoltosa) et des domiciles anarchistes de Barcelone et Manresa. Neuf compagnon-nes ont été arrêtés, sept hommes et deux femmes. Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’opération Pandora contre les GAC (Grupos Anarquistas Coordinados), accusés d’être la branche locale de la FAI/FRI.

En décembre 2014 à Barcelone et Manresa, en plus de perquisitions des Athénées libertaires de Sant Andreu et de Poble Sec et du squat Kasa de la Muntanya, sept compagnon-nes avaient déjà été arrêté-es puis libérés sous caution un mois plus tard avec les mêmes charges, et quelques détails sur les attaques attribuées aux GAC.
En mars 2015 à Madrid, Barcelone, Palencia et Grenade, lors de l’Opération Piñata, 17 lieux avaient ensuite été perquisitionnés dans une seconde enquête concernant les GAC (6 centres sociaux – dont La Quimera, La 13-14, la Magdalena et La Enredadera dans les quartiers de Lavapiés, Vallecas et Tetuán à Madrid, La Redonda de Grenade, et 11 domiciles particuliers), se soldant par l’arrestation de 14 personnes. Cinq avaient été incarcérées puis libérées trois mois plus tard. Au total, sans compter la dernière opération, plus de 20 anarchistes sont inculpés appartenance aux GAC.

Les compagnons sont une fois de plus pris en étau entre le terrorisme d’Etat catalan et terrorisme d’Etat national espagnol qui se tirent la bourre (il y a deux enquêtes à ces deux niveaux-là contre les GAC), provoquant même des dissensions politiciennes au sein des nationalistes catalans : la CUP a immédiatement déclaré que les Mossos n’auraient pas dû obéir à une demande venue de l’Audiencia Nacional de Madrid, et le ministre de l’Intérieur espagnol Jorge Fernández Díaz a répliqué aujourd’hui sur Telemadrid qu’il n’hésiterait pas à employer l’article 155 de la Constitution qui permet au gouvernement de "donner des instructions" afin d’obliger les autorités autonomes à "accomplir l’intérêt général". De même, le porte-parole du syndicat de flics catalans (Sindicato de Policías de Cataluña, SPC)) est intervenu pour déclarer qu’il n’y avait "rien de nouveau" dans cette opération contre les compagnons, que cela se faisait depuis longtemps déjà.

Hier 28 octobre au soir s’est déroulée une manifestation à 20h plaza del Diamant, où 1300 personnes ont parcouru les quartiers de Sants et de Gràcia derrière une banderole signée d’un collectif en Twitter style déjà critiqué ailleurs (#JoTambeSocanarquista). Si des poubelles ont été cramées et plusieurs vitres de banques brisées (plus des journaflics bousculés), on peut peut aussi s’interroger sur la présence trankillou en son sein de 6 députés du Parlement de Catalogne et 2 conseillers municipaux de Barcelone (tous du parti CUP, nationalistes de gôche). D’autres manifs ont eu lieu le soir même de ces perquiz à Manresa, Igualada, Berga et Madrid. La presse, qui parle d’ "actions de terrorisme de type anarchiste insurrectionaliste" attribuées aux GAC, a aussi pu entamer un dialogue fructueux avec les porte-parole de l’Athénée de Sants qui ont effectué une conférence de presse avec des collectifs de quartier, des avocats et Embat (organisation libertaro-gauchiste qui promeut le "pouvoir populaire"), soulignant bien que les flics n’avaient “trouvé ni explosifs ni armes dans les perquisitions,mais des livres, les brochures et des banderoles" dans leur athénée*. Misère de la dissociation préventive (qu’en savent-ils, de ce qui a pu être retrouvé ailleurs ?) !

Enfin,le 27 octobre, veille de ce nouveau coup répressif, l’Audiencia Nacional a décidé de prolonger l’incarcération préventive de Mónica et Francisco, arrêtés en novembre 2013, jusqu’à deux nouvelles années supplémentaires. Accusés eux-aussi de terrorisme et d’appartenance aux GAC, l’Etat les soupçonne en sus d’avoir mené l’attaque contre la cathédrale de Saragosse le mois précédent.

Demain vendredi 30 octobre, les neuf nouveaux arrêtés de Barcelone et Manresa passeront à Madrid (Audiencia Nacional) devant le juge d’instruction Juan Pablo González pour être possiblement inculpés d’ "appartenance à organisation criminelle à finalité terroriste".

Liberté pour toutes et tous !

* Pour le plaisir, citons aussi cette autre perle du représentant de l’athénée libertaire de Sants surnommé Llibert : "Cela fait des années que la police s’efforce de lier anarchisme et violence, mais ce n’est pas la réalité : nous sommes des espaces de construction et de défense du droit au logement, des droits du travail ou contre la violence sexiste" (El movimiento libertario denuncia una "operación política" tras las detenciones del caso Pandora, El Diario, 29/10/2015 - 12:43h)

[Synthèse d’après Indymedia Barcelona et la presse espagnole par Brèves du désordre.]

Notes

[1Tribunal espagnol spécialisé pour les affaires importantes et crimes graves, par exemple relevant de la loi antiterroriste. Il siège à Madrid. NdT