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Ces faux-amis qui vous veulent du bien…

Ni loi ni travail : Le millésime 2016 des amoureux de l’Ordre et de la dissociation de gauche est arrivé !

vendredi 22 avril 2016

Il y aura toujours, tant que nous n’en finirons pas avec ce monde, des contestataires de certaines extrémités de la domination, en fait, d’éternels défenseurs de l’ordre, infiltrés dans les mouvements de révolte. Mais quelle est donc l’intervention de ces faux-amis dans les mouvements, dans les luttes ? Parfois la favorisation du retour à la normalité, la pacification, toujours la médiation et la représentation des luttes, leur institutionnalisation, leur spectacularisation, mais surtout la récupération et la construction d’une hégémonie sur les luttes, et pour certains, la prise de pouvoir tout court.

Rappelons nous qu’il s’agit toujours d’une tragédie, dans un monde de flics et de fric, lorsqu’une manifestation se termine sans débordements, que le monde suit son cours…

« Le poisson qui étouffe sur la berge remue plus que celui qui est dans l’eau »


Nuit debout - Alors qu’une manif sauvage joyeuse et destructrice part de République, un responsable de « Nuit Debout » a demandé le concours de la force publique « en raison de la difficulté de son service d’ordre à assurer la sécurité » sur la place (« Nuit Debout » : des manifestants tentent de prendre « l’apéro chez Valls », Dépêche AFP, 10/04/2016).

  • Il y a une vraie volonté pacifiste à la Nuit debout, et on ne va pas se laisser saccager par quelques mecs ingérables (dixit « un membre de Nuit debout »)
  • Un « pôle sérénité » s’occupe de ce qu’on préfère appeler la « médiation » que le « service d’ordre ». Le problème, c’est que tout le monde n’est pas d’accord sur ce qu’il faut considérer, ou non, comme un débordement.
  • Partout, ce soir là, on confirmera que l’assemblée [générale de Nuit Debout] a « hué le récit des évènements de samedi soir ». Nombre des participants considèrent que la Nuit debout s’est clairement désolidarisée des débordements.
  • « On n’est pas responsables de quelques centaines de mecs qui ont bu un samedi soir, qui sont allés tout casser et qu’on n’a jamais revu », tranche Camille [membre du SO]. Un débordement « sur la rue », répètent les organisateurs, et non sur l’espace déclaré de l’événement, la place de la République.
  • Désormais, le service d’ordre de la Nuit debout compte une centaine de personnes « fiables », selon Camille. Matthieu [le prénom a été modifié], chargé de « faire le lien » avec les forces de police, évoque plutôt une quinzaine de personnes par soir, qui « tournent » pour éviter que les bénévoles s’épuisent. « Les gens fatigués dérapent vite, et notre rôle, c’est de désamorcer toutes les provocations. » Pourquoi ne sont-ils pas plus nombreux ? « Ce n’est pas facile à trouver », explique Camille dans un sourire. Car la sécurité n’est pas une tâche facile.
  • « Pour certaines mouvances présentes ici, les policiers sont l’ennemi », assure Matthieu. « Cela dépend de l’histoire militante de chacun. Personnellement je pense que la police est un service public et qu’il doit être défendu comme tous les autres. » Mais certains participants ne sont pas du tout prêts à l’entendre. « On va essayer de faire le lien avec la police », explique-t-il, « en discutant avec leurs syndicats »

Extrait de La Nuit debout face aux risques de débordements, Le Monde, 12.04.2016.

A Lyon, il s’est enfin passé quelque chose, lors d’une ballade sauvage, les locaux de la Police de l’Air aux Frontières ainsi qu’un véhicule de service auraient été tagués. Les vitres du bâtiment ont été brisées. Même chose sur le Tribunal de Grande Instance. Enfin, les façades de la mairie d’arrondissement auraient elles aussi, été recouvertes de joyeuses inscriptions. Mais pour Jean-Pierre, c’en est trop, l’un des trois dépositaires en préfecture de Nuit Debout, choqué par cet outrage aux bonnes mœurs, déclare (poukave… !) le jour même à 20Minutes  :

  • On condamne fermement ce qui s’est passé de façon unanime. On n’est pas du tout sur cette démarche. Ce sont trois éléments extérieurs qui ont commencé à chauffer les gens en prétextant un début de manifestation sauvage.

Extrait de Lyon : Le Préfet menace d’interdire le rassemblement « Nuit debout », 20Minutes, 21.04.2016.


CGT - La CGT info-com, déclare suite à la manif sauvage du 14 avril, sur son compte twitter officiel que les « casseurs » sont des CRS infiltrés. Lorsque Mélanchon s’était livré à ce genre d’accusations, les conséquences avaient été pour le fameux « ninja-casseur-infiltré » de Besancenot et Mélanchon en 2010, qui était bel et bien un camarade, 8 mois de prison ferme (ACAB). La paranoïa stalinienne, meilleure amie de l’ordre, n’est pas morte avec Staline :


MILI - Dans une série d’interviews récentes, le MILI s’est exprimé auprès du Monde, de Mediapart et de Vice. Les deux premiers n’étant accessibles qu’à des abonnés payants, il n’y a accès qu’à l’interview avec Vice. Nous y apprenons comment faire la distinction entre les bons et les mauvais casseurs : ceux qui ont les bonnes cibles, ceux qui ont les mauvaises ; ceux qui cassent le jour, et ceux qui cassent la nuit, etc.
Même fausses, les avant-gardes ont toujours eu pour rôle historique de se dissocier tactiquement de ce qu’elles cherchaient à entrainer auparavant. Cette figure purement médiatique du gentil casseur qui ne casse qu’à horaires fixes et selon le calendrier syndical, qui ne s’attaque qu’aux banques, intérim et McDo, identifie par défaut celle plus incriminante du méchant casseur que l’on isole, facilitant ainsi sa répression (comme cet homme accusé d’avoir mis le feu à une Autolib’ à République et condamné à huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt. Il est actuellement incarcéré à Fleury-Mérogis).
Morceaux choisis de l’interview :

  • « On se fixe un point A et un point B, et l’objectif c’est d’y arriver, et si sur le chemin il y a des cibles… Une cible c’est une agence d’intérim — les premiers à t’exploiter — ça peut être une banque parce que c’est le symbole type du capitalisme, ça peut être un McDo, parce que c’est de la bouffe de merde. » Ils nient s’attaquer aux voitures ou aux vitrines des petits commerces. « Quand t’es là, tu vois que c’est ciblé, y a un message. »
  • On n’est pas là pour tout dégommer, mais pour mettre en place des convergences sociales : lycéens, étudiants, travailleurs, intermittents…
  • Franck dit que s’ils étaient juste des hooligans débiles, ils casseraient des vitrines à trois heures du matin entre potes bourrés pour l’adrénaline.
  • « Quand j’entends des discours pacifistes et non violents, je peux comprendre parce que parfois ça peut ne pas être stratégique de casser un truc, parce que ça peut mettre en danger le reste de la manif qui ne veut pas être impliqué dans la répression. On fait en sorte d’éviter ça, on reste ensemble dans les manifs, quelles que soient les pratiques », raconte Pierre.
  • Je préfère que les gens n’aillent pas en manif, à la limite, mais qu’ils viennent parler avec nous à des banquets contre l’État d’urgence, plutôt qu’ils aillent à la manif et qu’après ils rentrent chez eux et que ça n’ait rien changé pour eux.

Dans « Le monde ou rien » [non, vraiment ?] : rencontre avec le Mili, en première ligne des manifs jeunes contre la loi travail, Vice News, 8 avril 2016.


UNEF - Au Centre Pierre-Mendès-France de Tolbiac (Paris-I-Panthéon Sorbonne), une occupation a « dérapé » dans la nuit du mardi 22 mars au mercredi 23 mars et les locaux ont été vandalisés. Un saccage revendiqué.

  • L’Unef condamne ces « débordements minoritaires ».

Dans Le Figaro, édition du 23 mars 2016.


DAL - Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement (DAL) et soutien de Nuit debout, A propos de la manif sauvage du 16 avril, il condamne les « casseurs » et pointe le doigt sur les « vendeurs à la sauvette » :

  • Je désapprouve ces affrontements.
  • Nous ne souhaitons pas que ça dégénère
  • Nous rappelons souvent en AG que ce mouvement est pacifiste
  • [Figaro] Pour le responsable associatif, la situation aurait dérapé à cause de l’alcool, vendu sur place sur des stands de merguez tenus par des vendeurs à la sauvette.
  • Nous avons demandé hier (vendredi) à la préfecture de police de les interdire. On nous a répondu que des mesures seraient prises mais pour le moment rien ne semble avoir été fait.

Dans Le Figaro, édition du 16 avril 2016.


CNT - Suite à l’intrusion violente des flics dans le local de sa section syndicale de Lille (qui a mené à l’arrestation de deux personnes), la CNT nous ressort son discours syndicaliste conservateur :

  • Saccager un local syndical, c’est comme monter à l’assaut d’une Bourse du Travail. Un local syndical est un outil de défense pour les travailleurs/euses, un lieu d’accueil dans lequel les militant-e-s et les personnes qui nous sollicitent doivent pouvoir se retrouver en toute sérénité.

Mais que penser alors de celles et ceux, qui ces derniers jours ont attaqué une bourse du travail à Toulouse ou des locaux syndicaux dans les XIVe et XXe arrondissements de Paris ? Syndicalisme et émancipation sont ils compatibles ?


Julien Bayou - porte parole EELV, conseiller régional d’Ile-de-France, porte-parole informel de Nuit Debout à la TV, à l’origine de Jeudi Noir, Génération Précaires, etc. :

  • C’est très con ces violences.
  • Ça gâche tout le message.
  • Des casseurs abrutis qui ne sont pas là pour parler de politique.
  • C’est débile, c’est très très con, je le dis direct. Ça ne vient pas de Nuit Debout.
  • Les casseurs, il faut les interpeller comme le dit Bernard Cazeneuve.

La Nouvelle Édition du 15/04, Nuit Debout : Les casseurs vont ils gâcher la fête ?, Canal +.


Jean-Luc Mélenchon - Populiste chauvin et Cesàro-stalinien, président du Front de Gauche, il publie le 10 avril 2016 un communiqué intitulé « Ne laissons pas la violence détruire le mouvement social » - Séquence émotion :

  • Cet ennemi, c’est la violence. Ne laissons pas la culture de la violence gangrener la sphère de l’action populaire. D’un côté, les violents isolent et minorent les mouvements sociaux en même temps qu’ils en violent le message. De l’autre, la violence discrédite le policier qui la pratique quand il oublie la responsabilité qu’enjoint le port de l’uniforme et des couleurs républicaines.
  • Mes camarades, la violence ne nous mène nulle part. Elle fait fuir le grand nombre sans lequel aucune action victorieuse n’est possible. Elle donne à voir un rapport humain qui est le décalque de la violence sociale et individuelle que nous combattons. Elle organise une hiérarchie inacceptable entre ceux qui agissent, car elle donne le pouvoir aux muscles davantage qu’aux cerveaux. Vouloir blesser ou meurtrir un fonctionnaire de police qui se tient en rang et obéit à ses chefs qui eux-mêmes obéissent à leur ministre est une bataille d’autant plus cruelle et inepte qu’elle est sans objet. La décision ne dépend pas de lui. La violence porte une illusion mortelle pour notre mouvement : celle de faire croire que nous pouvons vaincre autrement que par notre nombre et notre détermination pacifique.
  • Mesdames, messieurs les policiers, et pour certains d’entre vous : chers camarades. Il y a quelques mois le peuple vous serrait les mains, vous remerciait et vous présentait des condoléances après les attentats contre Charlie Hebdo ou ceux de la nuit du 13 novembre. Cette osmose du peuple et de ses forces de police était un atout essentiel de la cohésion de notre pays contre nos agresseurs.

Eric Hazan (La Fabrique Editions) - Éditeur héréditaire millionnaire à succès, porte parole du Comité Invisible, dont il édite également les best-sellers, dans son catalogue on retrouve aussi du petit facho (Houria Bouteldja) et du grand manitou (de Robespierre et Lénine à Badiou), mais déjà en 2002, La Fabrique éditait un flic. Le site lundi.am publie son dernier chef d’œuvre « Sur la police, une opinion minoritaire », dans la droite lignée/continuité de Jean-Luc Mélenchon, cité précédemment.
Morceaux choisis :

  • Lors des manifestations de ces jours derniers, le mot d’ordre le plus souvent repris parmi la jeunesse était : « Tout le monde déteste la police ! ». C’est émotionnel, c’est compréhensible mais ce n’est pas intelligent.
  • Ici et maintenant, si nous signifions à la police que nous la détestons en bloc, nous ne faisons que souder ses rangs et nous rendons sa défection plus difficile, plus improbable. Or ses rangs sont moins homogènes, moins serrés que peuvent le laisser penser les lignes de boucliers. Il y a quelques années, nous avons publié à la Fabrique le Journal d’un gardien de la paix, d’Eric Blondin.
  • Pourquoi ne pas être intelligents ? Pourquoi ne pas nous tenir au courant des mouvements de ras-le-bol qui couvent en ce moment dans la police, ne pas leur signifier que nous les soutenons ? Minoritaires, ces mouvements, ces sections syndicales oppositionnelles, ces cas isolés ? Minoritaires dans une police qui vote FN à 50% ? Oui, et alors ? Ne sommes nous pas nous aussi minoritaires ? Et depuis quand attendons-nous qu’un mouvement soit majoritaire pour le soutenir ? Enfonçons des coins dans les contradictions, évitons les mots d’ordre qui soudent l’’adversaire en une masse indifférenciée. Crier « Tombez les casques, la police avec nous ! », c’est préparer notre victoire.

Publié sur Lundi Matin #57, 18 avril. On préférera la lecture d’un texte plus sérieux sur la généalogie des positions d’Hazan le rouge.

(…et tout le monde déteste la police !)


Pour le plaisir, rappelons ces quelques mots d’Albert Libertad : « La tyrannie la plus redoutable n’est pas celle qui prend figure d’arbitraire, c’est celle qui vient couverte du masque de la légalité. »