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Electro-Domination-Funeste

mardi 7 novembre 2017

La société dans laquelle nous sommes produits, élevés, formés, formatés et exploités ressemble toujours plus à une énorme machine, avec des ramifications qui s’étendent un peu partout.


Le Pouvoir peut être envisagé comme un énorme ensemble d’hommes, d’organisations, d’infrastructures, de bâtiments, de véhicules, d’armes et de technologies, un ensemble solidement contrôlé de manière pyramidale et interconnecté de l’intérieur par un réseau dense de câbles électriques, téléphoniques, de fibre optique, d’ondes électromagnétiques, de signaux satellites… Les êtres humains – et les rapports qu’ils tissent entre eux – s’insèrent dans cette énorme toile d’araignée artificielle, qui devient chaque jour plus complexe et, dans une certaine mesure, autonome de leur action. Les valeurs qui gouvernent depuis des siècles le système social dans lequel nous vivons – le respect de l’autorité patriarcale, l’éthique capitaliste du travail, et l’idéologie qui légitime l’exploitation par l’homme de toute autre forme vivante (anthropocentrisme) – ne disparaissent pas, au contraire. Elles constituent les fondements du progrès technologique. En ce sens, malgré les conflits, les contradictions et les intérêts divergents qui traversent la société, il n’est pas surprenant de voir la convergence dans l’évolution technologique qui se manifeste dans tous les secteurs stratégiques (publics et privés) où s’exerce le pouvoir (production et distribution alimentaire, médecine, sécurité intérieure, gestion des flux de population, contrôle militaire des ressources et des territoires). Dans tous les aspects de la société, la recherche permanente de l’augmentation des profits (« l’augmentation de la productivité ») et le perfectionnement des mesures de contrôle (« la sécurité ») vont de pair avec les découvertes scientifiques et les avancées technologiques. Un pouvoir qui devient toujours plus incontrôlable et qui semble rencontrer une acceptation quasi totale de la part de la population des consommateurs-travailleurs.

On grandit devant un écran, on devient incapables de se déconnecter du flux de communications et d’informations dans lequel on est pris depuis le plus jeune âge, puis on est formés à assumer des rôles toujours plus techniques et spécialisés, on devient des engrenages de la machine qui produit les marchandises. Mais on devient aussi des consommateurs, fanatiques et dépendants des marchandises industrielles et high-tech, des aliments pleins de substances chimiques produits en laboratoire, des médicaments et radiations qui doivent soigner les cancers provoqués par l’empoisonnement quotidien auquel nous sommes soumis. Interconnectés, intoxiqués d’images, de sons, de radiations et d’agents chimiques, drogués au monde artificiel, nous perdons peu à peu nos capacités intellectuelles, notre capacité à analyser et comprendre le monde dans lequel nous vivons, mais aussi l’usage de nos sens, nos capacités à percevoir et à nous exprimer. Nous perdons ce qu’il y a de plus unique et beau en nous pour devenir des producteurs-consommateurs de marchandises et d’informations, constamment surveillés dans tous nos mouvements, chacun de nos gestes et toutes nos communications.

Un tel système – composé d’une machine surpuissante, de flux d’informations et de mouvements ultra-rapides à l’échelle planétaire – aspire de l’énergie partout où il peut. Un tel système phagocyte les êtres humains, animaux, terres, forêts, fleuves, cascades et mers pour produire de l’énergie. Pas besoin d’expertises techniques par des experts faisant autorité pour se rendre compte de l’étendue du désastre. Il suffit de penser aux terres où il y a des gisements de pétrole, aux massacres sans fin et aux régimes sanguinaires au Moyen Orient, ou à la dévastation environnementale et aux millions d’êtres humains qui souffrent de cancers et de leucémies sur le delta du Niger, pour donner juste deux exemples. Il suffit de penser à l’énergie atomique, créée et utilisée initialement pour produire l’arme de guerre la plus monstrueuse de l’histoire, puis exploitée par les Etats pour un usage civil. Tchernobyl, Three Miles Island, Windscale, Kychtym, Fukushima : les désastres nucléaires se succèdent, les lieux de mort et de douleur se multiplient, les déchets radioactifs s’entassent, mais – comme nous le rappellent les patrons à toutes ces occasions – la production d’énergie nucléaire ne se discute pas, son importance est stratégique, quoi qu’il en coûte. En ce sens, l’Etat français est exemplaire : sous l’égide d’EDF (aujourd’hui Enedis), d’Areva et du CEA, en 50 ans des centrales et sites nucléaires ont été construits aux quatre coins du pays, malgré l’opposition parfois féroce de la population, des zones entières ont été militarisées, les manifestations réprimées dans le sang comme à Malville en 1977, les expérimentations ont été menées sur le dos des gens, comme en Polynésie et en Algérie… Les intérêts de l’Etat et de l’Economie sont imposés à coups de matraque, d’arrestations, de tirs et de bombardements si nécessaire. Et aujourd’hui encore, l’Etat français impose brutalement ses infrastructures et ses projets nucléaires, malgré l’opposition de la population, comme à Bure en Meuse, où l’ANDRA prévoit la construction du plus grand centre d’enfouissement de déchets radioactifs en Europe ; ou dans la région des Hautes-Alpes où la société publique RTE (Réseau Transport Electricité) est en train de rénover son système de lignes Très Haute Tension (THT) dans le but d’augmenter les exportations et de permettre le développement de nouveaux projets touristiques. L’économie ne connaît pas de freins. La machine doit continuer à s’alimenter.

Mais ne vous inquiétez pas irradiés d’ici et d’ailleurs ! Le vingt-et-unième siècle réserve de grandes surprises. Des énergies renouvelables, des villes intelligentes et écologiques. Patrons, politiciens et scientifiques osent parler sans aucune honte d’une nouvelle ère, dans laquelle le capitalisme sera dépassé précisément grâce à l’évolution technologique !

Ces spécialistes de la manipulation – tandis qu’ils imposent leurs projets de mort partout, en laissant la dévastation et la misère derrière eux – nous parlent de nouvelles sources d’énergie « renouvelable » et de nouvelles formes de partage de l’énergie pour « réduire le gaspillage ». Des sociétés comme Enedis (ex EDF puis ERDF) se vantent d’une production industrielle d’énergie toujours plus diversifiée, basée principalement sur l’exploitation des énergies éolienne, solaire et de la biomasse. Les mêmes entreprises et le même Etat qui continuent à étendre et à imposer par la force leur domination nucléaire, se préoccupent en même temps de diversifier leur offre, de manière à s’assurer de nouvelles sources d’énergie et, en même temps, se refaire une belle image en agitant le drapeau de l’écologie avec la collaboration de politiciens et d’associations tendance verte. Ce qu’on ne dit pas par exemple, c’est que pour la fabrication des éoliennes, de grandes quantités de métaux sont nécessaires, comme le néodyme, dont l’extraction et le raffinement sont possibles grâce à l’exploitation et à la dévastation de régions entières du monde, comme à Baotou en Mongolie. Ce qu’on ne dit pas par exemple, c’est que pour faire de la place pour les plantations nécessaires pour produire de la biomasse énergétique, on rase au sol des forêts entières. L’énergie nécessaire pour faire fonctionner la méga-machine du contrôle et de l’économie ne sera jamais verte, mais engendrera toujours les mêmes conséquences néfastes.

L’autre mythe vendu par l’Etat est celui de la « rationalisation des consommations d’énergie » rendue possible par les nouvelles technologies numériques.

A l’époque du « smart », en effet, tout devient mesurable et on nous propose donc de réduire sa consommation grâce à une gestion plus moderne et efficace de l’énergie. Comme par exemple avec le nouveau compteur Linky, qu’Enedis est en train d’imposer à tous les abonnés pour rationaliser la consommation d’énergie. Un moyen d’augmenter son potentiel de contrôle, malgré la nocivité déjà prouvée de l’exposition aux ondes électromagnétiques et le refus que ces technologies rencontrent déjà. En agitant le drapeau de l’écologie et du progrès, les mêmes institutions et hommes qui occupent les postes de commandement sont donc à l’œuvre pour immiscer encore plus partout le contrôle technologique de la vie et notre dépendance à la machine qui nous exploite et nous consume. Science, pouvoir politique et économie sont lancés dans la même course folle, sont animés de la même volonté de puissance et ont accumulé le même pouvoir de destruction avec des conséquences planétaires. Mais peut-être que tout n’est pas encore perdu, des moments et des mouvements épars de résistance et de révolte contre la société-machine explosent un peu partout, ouvrent les hostilités, tracent des chemins de liberté.

C’est de notre vie qu’il s’agit, et c’est maintenant l’heure des choix. Irradiés de tous les pays, pétons des câbles !

[Extrait de Paris sous tension n°11, novembre 2017.]