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Coup répressif en Argentine : Une compagnonne gravement blessée dans une explosion et une dizaine d’anarchistes incarcérés

Étendons l’offensive, sans peur et avec persévérance. Informations sur la répression récente de l’État argentin.

mardi 4 décembre 2018

Le 14 novembre dernier, à Buenos Aires, se sont produits deux faits réels, qui ont été suivis de retombées médiatiques et d’une réponse politique et judiciaire rapide. Dans la soirée, au cimetière de la Recoleta, plus précisément à l’endroit du mausolée dédié au colonel Ramon Falcon (exécuté par le compagnon Simon Radowitzky) [1] a explosé une bombe, qui a blessé la compagnonne Anahi Salcedo. Cette dernière a été transférée à l’hôpital Fernandez, sous mandat d’arrêt et blessée à la poitrine, à la tête, et ayant perdu trois doigts à l’une de ses mains. Elle est actuellement maintenue dans un coma artificiel, au même endroit où est détenu le compagnon Hugo Rodrigez.

Des heures plus tard, en face de la maison du juge Bonadio (célèbre pour sa dureté, il a un passé inoubliable dans la Guarde de Fer, un groupe fasciste péroniste, et se distingue aujourd’hui pour ses pratiques et ses discours répressifs vis-à-vis des secteurs et des individus dissidents à l’ordre actuel), est arrêté le compagnon Marcos Vidal, accusé d’avoir jeté un autre objet explosif sur le véhicule du magistrat.

L’engin explosif retrouvé chez le juge Bonadio
Détail

Dans la matinée et tout au long de la journée qui a suivi, des perquisitions ont eu lieu dans différents espaces du milieu anarchiste, des squats, des locaux, ainsi que dans quelques logements privés. Elles ont eu pour résultat l’incarcération de douze personnes supplémentaires.

Les détenus ont été transférés au 2200, rue Cavia, où se trouve une section anti-terroriste, puis à la super-intendance de la police, rue Madariaga, pour être enfin amené, dans la matinée de samedi, aux tribunaux de Comodoro Py, devant le juge Ercollini et le procureur Di Lello, après 72 heures d’incertitudes, d’impossibilité de communiquer, et qui sait quelles autres humiliations.
Au final, deux personnes ont été remises en liberté, ce qui laisse au total 10 compagnons et compagnonnes inculpés pour association illicite, intimidation publique, et détention de matériel explosif. Par là-même, le pouvoir aura fait d’une pierre deux coups.

  • Des images de la presse au mausolé dédié au colonel Ramon Falcon (cimetière de la Recoleta) :

Tout ceci achève de démontrer que le ministère de l’Intérieur, sous la direction de Patricia Bullrich, en coordination avec le chef de la police Nestor Roncaglia, et avec l’appui de la presse, a suscité et incité à la psychose collective, alors que des colis suspects se mettent à surgir de toutes parts, alors que les rues sont quadrillées, qu’on réalise des opérations, qu’on enferme deux jeunes sur foi d’une dénonciation anonyme, les accusant d’appartenir au Hezbollah, qu’on fait au passage quelques perquisitions préventives avant le sommet du G-20, pour assurer son déroulement pacifique et sans les incidents que pourraient provoquer les anarchistes ou autres.

Pour le moment, c’est tout ce que nous pouvons affirmer avec certitude, mais nous savons que d’autres lieux sont placés sous surveillance, ainsi que des personnes, puisque le gouvernement a confirmé la mise sur écoute de plus d’une centaine de lignes téléphoniques de militants, ainsi que la réouverture d’enquêtes sur des actions directes ayant eu lieu dans la ville depuis l’année 2005 (certaines revendiquées par des anarchistes, d’autres non).

Le signal est clair et ne laisse aucune place au doute.
Tout geste de solidarité concrète est bienvenu et encouragé.
Ne laissons pas seuls les compagnons séquestrés par l’État argentin : sans peur et avec persévérance, étendons l’offensive.

Compagnons et compagnonnes anarchistes, nihilistes, aintiautoritaires, soyez forts, ici nous le sommes.
Sans peur et avec plus de rage que jamais.
Liberté pour tous les anarchistes inculpes.

[Traduit de l’espagnol de Publicacion Refractario.]


[1Simón Radowitzky, né le 10 septembre ou novembre 1891 à Stepanice (Ukraine) et mort le 29 février 1956 à Mexico (Mexique), était un ouvrier argentin d’origine ukrainienne et militant anarchiste. Il fut l’un des prisonniers les plus connus de la colonie pénitentiaire d’Ushuaia, Province de Terre de Feu (Argentine), où il fut détenu 21 ans pour l’assassinat de Ramón Falcón, chef de la police de Buenos Aires et responsable de la répression brutale de la Semana Roja (Argentina) en 1909. On pourra consulter, à propos de son parcours, on pourra consulter en ligne l’ouvrage De la Russie à l’Argentine, Parcours d’un anarchiste au début du XXe siècle à cette adresse. (NdNF)