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Comme des poulets sans tête ?

jeudi 12 avril 2018

Il paraît qu’il se passe quelque chose. Depuis plusieurs semaines, l’autonomie s’agite. Quelques dizaines d’étudiant.es essaient de s’organiser dans les facs au moment où les syndicats organisent des « journées d’action » sporadiques à la SNCF, dans la grande distribution et la fonction publique. Mais une multitude de luttes fait-elle un mouvement ? Peut-être. Pas sûr. Dans tous les cas, le dépassement en nombre et en idée de la situation actuelle ne se fera pas tout seul. Ni sur Facebook.


Poing levé et pouce en l’air

Depuis un moment à Lille, la seule lecture en manif est produite par la CGT et la France Insoumise. N’avons nous plus rien à dire ? Dans les têtes et sur les murs, aucune trace d’une analyse critique. Pas une affiche, pas un tag, ni en ville, ni dans les facs : seuls les écrans nous offrent l’impression d’un printemps agité. Pourtant, des slogans tweettables, ressassés et folkloriques ne suffiront pas à dépasser l’action pour l’action et les manifs sans lendemain.

De toute évidence, nous ne sommes pas beaucoup et l’époque est morose. Pour autant, resserrer les rangs doit-il nous interdire d’exprimer nos désaccords ? Que les syndicats soient moribonds doit-il nous interdire de critiquer le contrôle qu’ils opèrent sur la lutte ? Si des délégué.es CGT en appellent aujourd’hui à la convergence des luttes, c’est que la centrale syndicale n’est plus assez puissante pour mener des actions seule. Mais demain, lorsqu’elle avouera sa défaite, gare à celles et ceux qui ne se satisferont pas de miettes et ne voudront pas retourner au turbin. Est-ce aussi cette convergence des luttes tant espérée qui nous réfrène de moufter lorsque dans une assemblée à l’université, un permanent cégétiste vient défendre le besoin que l’État poursuive ses investissements dans le nucléaire ? Et est-ce encore la convergence des luttes qui nous a fait tranquillement défiler le 22 février en compagnie des partisans d’Asselineau et des flics de FO ?

Assurément nous avons des divergences. Et des divergences profondes : sur l’État, sur le travail, sur ce que nous désirons et la manière d’y parvenir… Exprimer nos désaccords ne nous empêche pas d’être solidaires dans la lutte. Toutefois, nous avons besoin que les idées soient débattues pour qu’elles ne restent pas l’apanage des avant-gardes plus ou moins formelles. Nous avons besoin de discussions qui ne soient pas réduites à de la stratégie politicienne pour comprendre ce qu’il se passe actuellement et ne pas rejouer une partition périmée. Courir ensemble d’une action à l’autre ne suffira pas à déterminer ce que nous faisons ensemble.

Ainsi, ne peut-on pas voir dans l’héroïsation de la lutte des cheminot.es le regret de voir disparaître le prolétariat encaserné dans les grands secteurs qui firent le triomphe de la société industrielle ? Qu’est-ce qu’un appel à la grève générale lorsque le travail est si morcelé et précaire qu’aujourd’hui et que beaucoup d’entre nous n’ont aucun espoir ni volonté de trouver un taf qui ne soit pas seulement alimentaire ? Ces questions n’ont rien de triviales. Mais si nous ne nous les posons pas, nous sommes condamné.es à nous agiter comme des poulets sans tête. Ce texte est une invitation.

Quelques anarchistes,
Lille, le 10 avril 2018.

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