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« O gentilshommes, la vie est courte, si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois. »

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Brèves de comptoir philosophiques

lundi 21 janvier 2019

Est-ce l’effet Ruquier-Hanouna, ces têtes pensantes du petit écran et du « buzz » réunis, toujours promptes à déchaîner les passions serviles ? Est-ce l’obligation à laquelle sont tenus les valets de cour de faire régulièrement allégeance aux puissants qui les nourrissent et au Médiatisme qui les dorlote ? Sans doute un peu les deux.

Le premier à défourailler façon Rambo de bar-tabac fut Luc Ferry, l’assisté mondain de l’Education nationale : « C’est insupportable ! Les forces de l’ordre devraient se servir de leurs armes une bonne fois. Ça suffit ! On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies. »
Il n’était évidemment pas imaginable, après cette sortie digne d’un poivrot de Café des Sports et par là même promise à un beau succès médiatique, que les collègues en philo de comptoir de l’ex-ministre ne tentent pas de se distinguer à leur tour. Pour ce type de m’as-tu-vu, toute publicité réservée à la déclaration d’un confrère est souvent vécue par eux comme un insupportable effacement dans la sphère médiatique, auquel seule une énorme ânerie « buzzante » saura mettre fin. C’est donc sans surprise que Raphaël Enthoven, celui-là même qui toute honte bue ose parfois se réclamer d’Albert Camus et de son sens de la mesure, frappait tout aussitôt : « Il y a les dictatures où le pouvoir enferme, torture et tue les journalistes. Et il y a les démocraties comme la France, où c’est le “peuple” autoproclamé qui s’en charge » (tweet du 12 janvier).
Et comme deux énormités crasses valent mieux qu’une et sont aujourd’hui plus que nécessaires au paraître, le Lucky Luke du tweet fou récidivait ainsi : « Quelle différence entre ceux qui, en cas de violences contre la presse, disent « les journalistes, avec leurs éditos, sont responsables des coups qu’ils reçoivent » et ceux qui, en cas d’agression sexuelle, disent “la salope, avec sa minijupe, elle ne l’a pas volé” ? » (tweet du 13 janvier).
Pas en reste, enfin, Alain Finkielkraut, au cours de l’émission qu’il anime chaque samedi matin sur France Culture, tient à exprimer son horreur de la violence. Il faut croire, cependant, après écoute, qu’il y a la bonne et la mauvaise. La bonne, celle des « forces de l’ordre », que montrent des dizaines de vidéos circulant sur ces réseaux sociaux qu’il vomit, et dont lui et ses invités, deux autres abonnés permanents du discours médiatique, ne diront un seul mot. Et la mauvaise, la seule condamnable, « terrible », répétera-t-il à plusieurs reprises. Et pour mieux faire comprendre l’horreur de ladite violence – celle des manifestants, vous l’aurez compris –, quoi de plus frappant qu’une bonne vieille comparaison toute de finesse : « C’était un spectacle terrible […] et ça relève non pas du duel mais du lynchage, voire du pogrom » (émission « Répliques », samedi 12 janvier).
Allez les gars, assez picolé, on ferme !

[Repris du blog de Floréal.]