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Xylella Fastidiosa : De parasites et d’autres questions

dimanche 16 avril 2017

L’affaire Xylella, c’est-à-dire le dessèchement rapide des oliviers dans le Salento, est arrivée impérieusement dans les chroniques des quotidiens qui chaque jour y consacrent des pages entières ; c’est plus particulièrement le cas depuis le jour où un Commissaire extraordinaire a été nommé pour gérer la situation. Avec le Commissaire est aussi arrivée la gestion de l’état d’urgence et des solutions drastiques et irréparables pour vaincre l’ennemi. Et le langage n’est pas fortuit, parce que le ton utilisé par les médias est celui d’une guerre de tranchées. Pour éradiquer ce pathogène a été promulguée une procédure exécutive régionale qui imposait au début de pulvériser sur des dizaines de kilomètres carrés des pesticides et produits phytopharmaceutiques tant sur les plantes malades que sur les saines, sur les murets en pierres sèches et sur le maquis méditerranéen. De plus, on prévoyait l’abattage obligatoire de milliers d’arbres. De la science-fiction pure et simple, à laquelle ont donné naissance les esprits géniaux de quelques fonctionnaires régionaux (ou européens). Beaucoup ont élevé la voix et aujourd’hui les mesures semblent avoir été réduites, mais il n’y a aucune certitude sur ce qui arrivera. En attendant, les journaux font du terrorisme au quotidien en publiant sans cesse des photos d’arbres malades et en faisant craindre une contagion très rapide à cause de la bactérie Xylella, à freiner le plus tôt possible et par tous les moyens, et bien sûr en sponsorisant l’usage massif des pesticides et l’éradication.


L’affaire Xylella, c’est-à-dire le dessèchement rapide des oliviers dans le Salento, est arrivée impérieusement dans les chroniques des quotidiens qui chaque jour y consacrent des pages entières ; c’est plus particulièrement le cas depuis le jour où un Commissaire extraordinaire a été nommé pour gérer la situation. Avec le Commissaire est aussi arrivée la gestion de l’état d’urgence et des solutions drastiques et irréparables pour vaincre l’ennemi. Et le langage n’est pas fortuit, parce que le ton utilisé par les médias est celui d’une guerre de tranchées. Pour éradiquer ce pathogène a été promulguée une procédure exécutive régionale qui imposait au début de pulvériser sur des dizaines de kilomètres carrés des pesticides et produits phytopharmaceutiques tant sur les plantes malades que sur les saines, sur les murets en pierres sèches et sur le maquis méditerranéen. De plus, on prévoyait l’abattage obligatoire de milliers d’arbres. De la science-fiction pure et simple, à laquelle ont donné naissance les esprits géniaux de quelques fonctionnaires régionaux (ou européens). Beaucoup ont élevé la voix et aujourd’hui les mesures semblent avoir été réduites, mais il n’y a aucune certitude sur ce qui arrivera. En attendant, les journaux font du terrorisme au quotidien en publiant sans cesse des photos d’arbres malades et en faisant craindre une contagion très rapide à cause de la bactérie Xylella, à freiner le plus tôt possible et par tous les moyens, et bien sûr en sponsorisant l’usage massif des pesticides et l’éradication.

Encore une fois, un état d’urgence est fabriqué, et on le gère de manière exceptionnelle en donnant tous les pouvoirs décisionnels à un Commissaire qui peut et doit exécuter les ordres, avec les conséquences que cela comporte pour exécuter le plan : expropriations et usage de la force publique. Il n’y a aucune discussion, seulement des ordres, et des sanctions s’ils ne sont pas respectés. La Protection Civile sera impliquée dans la gestion de la crise, elle a déjà donné son accord au plan d’exécution et d’épandage de pesticides mis au point par le Commissaire extraordinaire. Nous vient à l’esprit l’utilisation qui a été faite de l’état d’urgence dans des lieux comme l’Aquila après le tremblement de terre de 2009, quand le contrôle d’une population entière sans domicile est devenu de fait le but de l’état d’urgence, ou mieux, un camp d’expérimentation, qui s’est accompagné de la suspension juridique et sociale de la liberté et des droits des personnes évacuées « accueillies » dans les camps. La situation avec « Xylella » est assez différente, mais il y a un point commun qui est l’intention d’exproprier les habitants et cultivateurs d’oliviers de toute possibilité de décision autonome, même dans l’utilisation de pratiques de traitement non-polluantes et non-invasives.

Mais, de quoi parlons-nous exactement ?

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Xylella fastidiosa

Comme nous le disions, il n’y a aucune certitude du fait que le dessèchement des oliviers soit dû à la bactérie Xylella, ou que celle-ci soit pathogène pour les oliviers (et pour d’autres plantes fruitières ou ornementales qui sont mentionnées de temps en temps). La seule chose qui est sûre, c’est qu’avant l’explosion de cette soi-disant crise ont eu lieu deux congrès à des années de distance (en 2010 et 2014), où on a affirmé l’existence de ce pathogène et de cette maladie dans le Salento [1]. La recherche scientifique, tant prise à partie ces jours-ci, semble s’être rangée derrière la théorie de la bactérie, il y en a même qui pensent que c’est une expérimentation durant un congrès à l’IAM de Bari (Institut Agronomique Méditerranéen, qui ne répond juridiquement à aucun État, donc extraterritorial et globalement soumis à aucun contrôle) sur Xylella qui est à l’origine de tout. Des représentants importants de l’Université de Berkeley (Californie) avaient participé à ce congrès. Il existe aussi d’autres opinions qui démentent l’hypothèse de la bactérie et qui imaginent des moyens de traitement naturels. Mais il reste le fait que la recherche scientifique n’est pas du tout neutre ; elle tourne son drapeau selon ses principaux financiers et les objectifs utiles à la perpétuation de ce système économique et social. Souvent, pour comprendre la direction d’une recherche, il suffit d’aller voir qui sont les financiers de l’institut ou de l’Université qui la mène. De plus, les données techniques se contredisent en permanence et ont comme seul résultat celui de rendre la question confuse, embrouillée et peu claire.

L’exemple du SIDA et de ce qu’il s’est passé il y a des années est venu à l’esprit de quelqu’un. Pour convaincre, à l’échelle mondiale, ceux qui présentaient certains symptômes de prendre certains médicaments, un terrorisme médiatique constant s’est déchaîné tant sur la maladie que sur les moyens de transmission, avec pour résultat de générer beaucoup de peur, le tout attesté par d’illustres représentants de la médecine et de la recherche scientifique. C’est ce qui se passe cette fois aussi. Des nouvelles sont diffusées massivement dans le seul but de désorienter.

Et comment ce pathogène serait-il donc arrivé dans le Salento ? Impossible de donner une réponse.
Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’il y a quelques années, des fonctionnaires de la Région des Pouilles ont participé à un congrès en Espagne organisé par Syngenta, multinationale agro-industrielle qui produit des pesticides et des OGM ; congrès justement à propos de la présence de Xylella sur les oliviers à un moment où le phénomène n’était pas encore connu dans le Salento. Des fonctionnaires sûrement doués de clairvoyance.

Ce que l’on sait aussi, c’est que Monsanto, autre multinationale agro-industrielle qui produit des pesticides, OGM et autres produits mortifères, mène des recherches sur Xylella depuis au moins une décennie et compte, parmi ses filières-ramifications, une entreprise du nom d’Allelyx, renversement de Xylella. Monsanto disposerait de semences d’un olivier OGM résistant justement à cette bactérie. Et qui produit la grande part des pesticides qui ont appauvri la terre et les plantes et qui devraient être utilisés de manière massive dans tout le Salento ? Monsanto justement, qui diffuse le Roundup (un de ses désherbants les plus vendus) comme si c’était de l’eau fraîche, avec tant d’autres colosses de l’agro-industrie. Et voilà le point de convergence de l’affaire. La probable tentative de transformer une culture, celle de l’olivier dans le Salento, en une culture intensive et industrielle utilisant des OGM et des pesticides pour rendre les plantes plus productives et efficientes. Toutefois, la législation italienne n’admet pas encore la culture d’OGM en plein champ, ce sont donc les possibles scénarios futurs que l’on craint.

Il n’y a pas de catastrophes naturelles

Une vieille affiche affirmait qu’il n’existe pas de catastrophes naturelles mais qu’il n’y a que des catastrophes sociales.
En dépit des mesures extrêmes que diverses institutions, le Commissaire et la protection civile veulent mettre en place, les oliviers du Salento ne sont pas du tout mourants, mais ils sont gravement malades, comme le monde dans lequel nous vivons. L’épandage massif de pesticides depuis des décennies a appauvri les plantes et la terre au point de rendre leur réaction difficile. L’utilisation constante de Roundup à elle seule pourrait suffire à expliquer ce qui est en train de se passer, puisque c’est un desséchant hautement nocif et toxique ayant des conséquences néfastes sur la terre, les micro-organismes et les plantes. Le biologique et le naturel des aliments sont des champs de mines, si on considère l’empoisonnement constant nécessaire pour obtenir des produits agricoles en toutes saisons et le bouleversement des cultures sur des terres utilisées uniquement en monocultures ou cultivées avec des pratiques visant exclusivement à tirer un maximum de résultat. Ce que l’on en a obtenu est que l’équilibre écologique est absolument compromis et que les soi-disant crises tombent à pic pour renforcer le pouvoir de ceux qui veulent uniquement tirer profit de ces situations. La tristement célèbre « révolution verte », propagée dans les années 70 par les États-Unis en collaboration avec des lobbys surpuissants, se proposait d’améliorer et de rendre plus productif le « Sud économique », en imposant les pesticides, les machines et les semences utilisées en Occident. De la même manière, on cherche aujourd’hui à imposer universellement les semences OGM dans l’agriculture et une seule façon de cultiver, celle industrielle, en tentant d’éliminer les dernières résistances qui existent encore. L’élevage intensif, avec des animaux réduits à être de simples machines à produire du lait, des œufs ou de la viande, et qui ont besoin, pour « fonctionner », de grandes ressources pastorales et d’eau, est l’autre face de la médaille de ce qui nous arrive sur les tables.

On peut donc se rendre compte aisément que de grands événements comme l’Exposition Universelle de Milan 2015, qui a justement comme thème « Nourrir la planète, énergie pour la vie », servent uniquement à faire tourner l’économie grâce au tourisme et au secteur tertiaire, publicité, marketing et usage du spectacle. Les débats serviront seulement à alimenter une machine, la machine financière, contrainte de trouver toujours de nouveaux instruments pour faire circuler les flux d’argent, surtout ceux virtuels. Il suffit de regarder les sponsors de l’Expo, dont Enel, Coca Cola et McDonald, pour comprendre qu’« éco-sensibilité, droits, écologie, lutte contre la pauvreté, partage » font partie d’un langage qui est grotesque dans ces contextes, représentatifs d’un modèle qui tend à rendre toute chose marchandise.

Enfin, un dernier aspect à prendre en considération est que la diffusion des OGM inclut un contrôle total des population, parce que les uniques propriétaires des semences génétiquement modifiées, fabriquées pour être stériles et donc pour n’être utilisées qu’une seule fois, sont justement ceux qui les ont brevetées, c’est-à-dire Monsanto et compagnie, à qui les paysans du monde devront toujours s’adresser pour cultiver n’importe quel aliment, compromettant irréversiblement la biodiversité de la terre. Et si quelqu’un contrôle intégralement ce que nous mangeons, il n’a pas besoin de beaucoup d’autres instruments pour nous tenir en main. Cet aspect est souvent passé sous silence quand on parle des organismes génétiquement modifiés, présentés comme la solution à la faim dans le monde grâce à des plantes rendues plus résistantes et plus productives, plutôt que comme instrument supplémentaire d’attaque contre la vie naturelle. Les OGM sont en fait un pas de plus vers une alimentation et une vie artificielles et homologuées, qui élimine toujours plus les différences et la diversité.

Colonisation

Comme cela se produit dans le domaine énergétique, il y en a qui semblent avoir repéré dans le Salento un lieu à coloniser. On ne compte plus les installations photovoltaïques, éoliennes, biomasse, cette soi-disant énergie alternative et renouvelable qui aurait dû être soutenable, propre, non-impactante. Et pourtant un simple tour dans la campagne nous fait voir à quel point ces installations sont nocives, quelle destruction et dévastation elles apportent, même au-delà des données techniques qui accréditent plus ou moins la thèse de leur pollution. La faim d’énergie impose l’industrialisation de vastes territoires, la destruction des écosystèmes, la substitution de machines, de technologie et de béton à la nature. Et le Salento et les Pouilles sont assez emblématiques de ce point de vue si on pense à la quantité d’énergie qui est produite par des sources et des équipements divers. De la centrale au charbon de Brindisi, en passant par les nombreuses installations d’énergie renouvelable, jusqu’aux projets de gazoducs que l’on veut faire passer par ces endroits. Le TAP [2] est un projet dont la phase d’autorisation est désormais conclue, et les travaux devraient commencer en 2016. En plus de ces installations de mort, il y a l’Ilva à Tarente qui produit de l’acier, du cancer et de la mort sociale depuis quelques décennies. L’Ilva est l’exemple d’un territoire colonisé et dominé totalement par le pouvoir économique qui a littéralement sacrifié à son profit la vie de tout ce qui se trouvait autour, habitants inclus. Ces exemples servent à avoir une vision plus claire de ce que nous appelons les nuisances, et qui ne le sont pas seulement parce qu’elles polluent ou dévastent l’environnement, mais, plus fondamentalement, dans leur aspect social, par l’idée même qui les soutient. Des territoires entiers, la nature qui s’y trouve et ceux qui y habitent deviennent propriété privée et de simples variables numériques pour ceux qui visent le profit. De même dans le cas des oliviers, tout semble pouvoir être sacrifié sur l’autel de quelques multinationales et de quelques intentions de spéculation.

Qui nous sauve des contrôleurs ?

S’il n’est pas impossible d’identifier les responsables des phénomènes vendus comme des crises, aussi petits ou grands qu’ils soient, du politicien local au fonctionnaire de l’État, du chercheur au Commissaire européen, qui travaillent d’arrache-pied pour satisfaire les exigences des grands colosses économiques et financiers, il semble plus difficile de se rendre compte que ces sujets ne sont pas la partie malade d’un système qui sinon fonctionnerait bien. Ils sont le système. Et il ne sert pas à grand chose de s’en remettre à la magistrature et aux organes de contrôle qui devraient surveiller tout ça. Ces derniers ne sont que le maillon qui permet au système de ne pas échouer complètement, un équilibre interne qui permet de reboucher quelques trous pour qu’ils ne deviennent pas des gouffres. Si beaucoup de politiciens sont corrompus, un magistrat pourra réussir à en poursuivre un, mais cela servira uniquement à maintenir en vie un modèle démocratique qui sans cela n’aurait aucune crédibilité. Un modèle démocratique totalitaire qui ne parvient plus à cacher la fable de la participation devant la tentative du contrôle absolu sur la vie et la mort de ses sujets et de la nature (morte ?) qui les entoure.

Pour cela, il est peu utile que ce qui se passe dans le Salento avec l’affaire Xylella soit inséré dans le rapport annuel sur les agromafias rédigé par le Comité scientifique de l’Observatoire sur la criminalité dans l’agriculture dont le président est Giancarlo Caselli, magistrat connu pour avoir été un bourreau persécuteur des subversifs dans les années soixante-dix et quatre-vingts et, ces dernières années, persécuteur de communistes, no-tav et anarchistes qui ont tenté d’entraver concrètement la réalisation des grands travaux dévastateurs de la grande vitesse en Val Susa.

S’en remettre à Caselli et à la magistrature, même démocratique, c’est comme choisir un bracelet électronique plutôt que des chaînes aux poignets, en plus de légitimer ce qui au contraire devrait être complètement subverti : les institutions et l’économie.

Pourtant, il y en a qui voient l’Union européenne comme un gouvernement indépendant en mesure de décider et de légiférer de manière équitable. Mais cela aussi ne peut que signifier de se fier à son propre bourreau si on tient compte de la législation, totalement en faveur des OGM, que l’Union européenne a approuvé depuis maintenant des années, soutenant ces cultures et introduisant dans la vie commune la présence des organismes génétiquement modifiés.

Auto-organisation

Quand ils se trouvent face à une nuisance de tout type, beaucoup se demandent : « Que pouvons-nous faire alors ? ».
Nous pensons que les compétences et les solutions ne peuvent être l’apanage de techniciens et de chercheurs divers qui font des connaissances leur exclusivité, rendant les agriculteurs et les individus dépendants de leurs informations. Résister à des pratiques comme l’éradication et l’usage des pesticides est désormais fondamental et cela pourra se faire uniquement en s’y mettant à la première personne, en empêchant physiquement que le plan régionalo-européen du Commissaire se réalise. En fin de compte, en mettant un coup de pied à la politique et à sa propagande, à l’économie et à sa domination, en reprenant en main soi-même les connaissances, les pratiques et l’organisation de notre existence réduite à du pur calcul de profit par ceux qui ont au contraire condamné à mort l’existence même de cette planète.

Quelques ennemis des nuisances
disordine@riseup.net

[Traduit de l’italien d’Informa-azione dans Des Ruines, revue anarchiste apériodique, numéro 2, automne 2015.]

Notes

[1Ndt. Le Salento constitue l’extrémité sud-est de la région des Pouilles en Italie. Décrit comme étant le « talon de la botte italienne », il englobe la totalité de la province de Lecce, une grande partie de la province de Brindisi et une partie de la province de Tarente.

[2Le Trans Adriatic Pipeline (TAP), en français « gazoduc trans-adriatique », est un projet de gazoduc ayant pour objet de transporter vers le marché européen le gaz naturel de la mer Caspienne (Azerbaidjan). Il partira de la frontière gréco-turque et traversera la Grèce, l’Albanie et la mer Adriatique pour arriver en Italie.